Appel en ligne
Sexualité et déviances Perspectives historiques. Époques modernes et contemporaines
Introduction à la candidature
Atelier doctoral interdisciplinaire EFR-EHESS
Rome, École française de Rome, 28 septembre-2 octobre 2026
Depuis son essor durant les années 1970-1980, l’histoire de la sexualité a construit son objet d’études en englobant constamment la question des déviances. Les sources les plus couramment disponibles l’y ont incitée, depuis les manuels de confession égrenant des listes de péchés à rédimer jusqu’aux écrits médicaux décrivant des pratiques qualifiées de pathologiques, en passant par les archives et chroniques judiciaires réprimant délits et crimes sexuels. Peu à peu, dans le prolongement des observations de Michel Foucault, l’histoire de la sexualité a aussi découvert le revers de « l’hypothèse répressive », une abondance insoupçonnée de discours sur la sexualité, souvent normatifs mais aussi transgressifs ou simplement interrogatifs sur le bien-fondé des normes – écrits et œuvres érotiques, journaux intimes, réflexions savantes explorant la psyché humaine ou raisonnant sur les irrégularités statistiques des enquêtes sociales. En portant attention aux déviances, l’histoire de la sexualité a travaillé sur l’évolution des terminologies les désignant – péché contre nature, perversion, anormalité – et sur les régimes de normes qui les régiss(ai)ent, s’intéressant aux producteurs et garants de ces normes (institutions religieuses et séculières, système éducatif, institutions médicales et psychiatriques, famille, voisinage, artistes, etc.). Accompagnant les utopies, rêves et aspirations à l’égalité des sexes, à la reconnaissance des minorités sexuelles et de genre, au recul d’une morale sexuelle jugée contraignante, cette démarche a opéré une historicisation critique de la notion même de déviance. Pour autant, les orientations les plus récentes de la recherche, dans le contexte qui a suivi le #MeToo, en s’intéressant aux situations d’inégalité, de contrainte et de violence, réexaminent cette question de la déviance en la déplaçant. En centrant l’attention sur des processus de domination liés à l’âge, au genre, au statut social, à l’ethnie, la race, la nation ou encore à l’appartenance religieuse, la recherche historique interroge à nouveaux frais les frontières de l’acceptable et du réprouvé, du banal et du monstrueux, de l’ordinaire et de l’exceptionnel dans les sociétés passées et récentes.
L’atelier invite à confronter des configurations historiques différentes, du début de l’époque moderne jusqu’aujourd’hui, à partir de sources, de méthodes et d’approches différentes. L’espace considéré est l’espace européen du XVIe au XXIe siècle, mais des communications portant sur des espaces extra-européens et coloniaux peuvent être proposées dans une perspective comparatiste ou connectée. L’objectif n’est pas de donner une réponse unique et univoque à des questions complexes, mais d’y réfléchir et d’en discuter ensemble au cours de l’atelier, et à travers une multiplicité de points de vue.
Parmi les pistes proposées, la première porte sur la production des normes qui régissent la sexualité, normes qui définissent explicitement ou en creux des zones de déviance. On pourra s’intéresser aux producteurs des normes, aux vecteurs et supports qui les diffusent – parfois sur une très longue durée –, à leur réception, intériorisation et incorporation, aux conflits qu’elles engendrent lorsqu’elles sont plurielles, à leur critique et à leur remise en cause.
La deuxième porte sur les populations considérées comme déviantes dans leur sexualité, dans une perspective sociale et politique. On pourra s’intéresser à leur (in)visibilité, aux types de sociabilité et de culture qu’elles ont développées, aux luttes et mobilisations qu’elles ont menées, ainsi qu’à l’identification ou au rejet qu’elles ont opéré des stigmates ou autres représentations les concernant.
La troisième renvoie aux liens qui existent entre populations marginales, réprouvées ou discriminées socialement d’une part, et déviances sexuelles d’autre part. Qu’il s’agisse de différences perçues liées à la religion, à l’ethnie, à la nationalité, à la couleur ou encore à l’appartenance sociale, toute une série de discours et de représentations se sont attachés historiquement à renforcer ces différences, mises à l’écart ou exploitation, en projetant sur ces populations un imaginaire de déviances sexuelles qu’il s’agira d’analyser.
Une quatrième piste renverra aux problématiques de la contrainte et de la violence sexuelles pour examiner dans quelles mesures celles-ci sont considérées ou non comme relevant de la déviance, que cette déviance soit définie historiquement suivant des critères moraux, sociaux ou genrés.
L’atelier est ouvert aux doctorants et aux étudiants de M2 de toutes disciplines et de toutes nationalités. Une attention particulière sera portée aux questions théoriques et de méthode, à la réflexion sur les sources et les documents à mobiliser et les échelles d’analyse. Des séances historiographiques et problématiques alterneront avec des ateliers centrés sur la présentation des travaux des étudiants. Les langues de travail sont le français, l’italien et l’anglais. Une bonne compréhension du français est toutefois nécessaire.
DOSSIER DE CANDIDATURE
Le dossier de candidature comprendra les deux pièces jointes suivantes à attacher directement au formulaire en ligne (format pdf) :
1. Champ « lettre de motivation » (un seul pdf) :
- une lettre de motivation ;
- un résumé (max. 4000 caractères) de l’intervention proposée ;
- une lettre de recommandation écrite par un ou une titulaire dans l’enseignement supérieur et la recherche, qui prendra soin de dater et signer la lettre et de faire explicitement référence au présent atelier.
2. Champ « CV » (un seul pdf) :
- un curriculum vitae (max. 3 pages), accompagné d’une présentation des recherches en cours et d’un programme de travail. Il est important de préciser dans le cv les langues parlées et comprises.
Tous ces documents peuvent être rédigés en français, italien ou anglais.
ENVOI DU DOSSIER DE CANDIDATURE
La réception des dossiers de candidature pour l’EFR est ouverte via le formulaire en ligne
La réception des dossiers s’achèvera le 31 mai 2026 à 17h (heure de Rome).
Les personnes sélectionnées en seront informées au plus tard le 1 juillet 2025.
? ATTENTION : L'envoi du dossier de candidature est définitif, il ne sera pas possible de revenir sur une candidature.
? ATTENTION : Pour éviter tout problème technique, veillez à ne pas déposer votre candidature au dernier moment.
Les candidats retenus sont tenus d’assister à l’ensemble des cours et ateliers.
Il sera demandé à chaque participant d’envoyer aux organisateurs, avant le 15 septembre 2025, 8.000 caractères de présentation de leurs travaux comprenant une description de leur corpus de sources, en y joignant une bibliographie synthétique.
Les déjeuners et le logement (éventuellement en chambre double non mixte) seront assurés par l’École française de Rome et l’École des hautes études en sciences sociales. Les participantes et participants devront prendre en charge les frais du voyage à Rome.
Pour toute information, vous pouvez contacter Claire Challéat, assistante scientifique pour les époques moderne et contemporaine à l’École française de Rome, Piazza Farnese 67, 00186 Rome, secrmod@efrome.it
Comité scientifique : Albane Cogné (EFR), Silvia Sebastiani (EHESS), Sylvie Steinberg (EHESS)